mercredi, octobre 23, 2013
Le petit prince pour les bébés
Le Petit Prince m'avait beaucoup marqué lorsque je l'ai lu à l'école primaire. Je ne l'ai plus jamais relu ensuite, mais est néanmoins racheté un exemplaire, il y a quelques années. Il est toujours dans une cave avec le plus gros de mes affaires.
Il y a quelques jours sur facebook, j'ai cliqué sur "j'aime", à la page "Le petit prince officielle": les fan de l'oeuvre et du merchandising qui va avec s'y retrouvent donc. En visitant la boutique sur le net(oui, moi qui n'aime pas les magasins, je découvre avec bonheur le shopping en ligne, ce depuis ma grossesse), je remarque qu'il existe un petit prince spécialement conçu pour les bébés. Aujourd'hui, après une annonce à tous mes "amis" de ce grand réseau social, j'ai couru en acheté un exemplaire au monop du coin. Ils en avaient en stock, pas besoin d'aller en librairie ou de payer les frais de port. 9, 90€ quand même. Tant pis, c'est un cadeau pour mon fils.... même s'il ne comprend encore rien à ces choses là, j'aime l'idée que je lui fais plaisir...alors qu'en fait c'est moi qui me fait plaisir... surtout avec les livres. Dés que j'ai su lire, j'ai passé des heures et des heures à tourner les pages, observer les illustrations, recommencer, continuer un chapitre alors qu'il était l'heure de passer à table...Mais la lecture est plus nourrissante qu'un bon repas, plus réconfortante que son plat préféré ou un chocolat chaud.
9,90€ c'est un peu cher pour une version courte. Mais,la culture n'est pas donnée à tous,; c'est chère,la culture. Les pauvres,eux regardent la télé ou paient à crédit tout ce qu'ils veulent s'offrir. Dans le lot, il y a rarement de place pour la culture. Et c'est comme ça depuis que le monde est monde, du moins depuis que l'argent dirige le monde.
En rentrant et après son bib, je n'ai pu m'empêcher de lui raconter sa première histoire....celle-ci donc.
Et là, j'avoue avoir été déçue. J'espère que cet amuse-bouche ne va pas lui gâcher l'envie de découvrir la vraie version du Petit Prince, l'intégralité de ce conte pour petits et grands.
Il a subi tant de coupes qu'aucun des messages qu'a tenté de nous transmettre l'auteur n'a été reproduit. Certes, la rencontre avec le renard est bien là (la seule d'ailleurs à encore être présente). Enfant, cette demande saugrenue du renard m'avait marquée et en même temps j'aurais aimé,moi aussi, pouvoir approcher et apprivoiser un renard, lui faire des câlins comme on en ferait à son doudou, lui confier mes secrets. Tant de personnages sont absents que s'en est triste..! Même la rose et l'homme qui allume les réverbères (si poétique pourtant)n'ont pas été retenus.
J'ai encore plus hâte de lui lire l'intégralité de ce livre, quitte à réinvestir dans une belle édition avec les illustrations de ce grand écrivain et ce grand homme qu'était Saint Exupéry. (Mais peut-être que le but visé par cette version était précisément de racheter un autre livre, encore plus cher...Je ne suis pas sûre que l'auteur lui-même aurait aimé ce procédé)
Je reste donc sur ma faim même si je pense que mon ptit loup en grandissant (il n'a que deux mois et demi) aimera que je lui lise l'histoire du petit prince pour les bébés. Car, ils ont raison sur un point: il n'y a pas d'âge pour découvrir le merveilleux univers dépeint par l'écrivain.
ps: et oubliez le "Dessine-moi un mouton", il a disparu aussi... sad sad je vous dis!
mardi, octobre 22, 2013
A Beautiful Body Book Project 2013
Apparemment le lien que j'ai voulu ajouter à mon article précédent n'a pas fonctionné.
Du coup, je partage ce beau projet sous mode d'article.
Je crois que c'est le genre de projet qui nous permet de nous réconcilier avec nous même...alors un grand merci à cette photographe qui en a eu marre de certains diktats.
vendredi, septembre 13, 2013
parti trop tôt
Tonton Ludo n'est plus.Il est parti le 31 août 2013. Il ne verra pas mon fils grandir. Lui qui, sans cesse, tenait à savoir comment il allait, ne pourra plus lui adresser un petit salut et lui dire quelques mots, comme lorsqu'il était encore dans mon ventre. Je l'ai vu vraiment touché lorsque je suis rentrée avec ma merveille. Il n'osait pas trop s'approcher de lui durant son sommeil, comme s'il craignait de le déranger, de rentrer dans cette petite bulle qui semble si parfaite lorsqu'un bébé est endormi, loin au pays des rêves.
Ce samedi 31 août, c'est tonton Ludo qui est parti durant son sommeil. J'espère qu'il n'a pas souffert, que c'était durant un bien joli songe.
Ce samedi 31 août, en rentrant de chez ma tante avec un sac plein de cadeaux pour mon fils, j'ai d'abord vu deux véhicules, la police. La tête déjà pleine de questions, je voulais retrouver très vite mon compagnon et lui demander quoi, ou plutôt qui avait foutu le bordel pour que la police se déplace. Que j'aurais aimé un simple conflit avec le voisinage, des mots prononcés à la va vite, des coups donnés en réponse!
Avant que je n'arrive devant les portes vitrées, on n'est venu m'avertir. En réponse à ma question ("qu'est-ce-qu'il se passe?"), cette réponse simple et si difficile à sortir: "Ludo est parti".
Au départ, je n'ai pas compris. Je ne voulais pas comprendre. Quelque chose en moi ne le voulait pas.
Je n'ai pas fait le rapprochement entre ces deux véhicules et Ludo, que j'ai toujours connu très calme et d'une gentillesse incroyable.
Pour moi, il avait juste voulu quitter l'aventure de ce lieu, comme tant d'autres, envie d'aller voir ailleurs, de respirer un autre air. Sauf que là, il ne respirait plus.
Je ne voulais tellement pas entendre cette triste nouvelle que j'ai demandé s'il y avait eu une bagarre, s'il y avait des blessés.
C'est bien la première fois que je n'arrivais pas à avaler une pareille annonce. Je ne parle pas de faire mon deuil, juste intégrer le fait qu'une personne n'est plus, morte, plus rien à faire, impossible de la faire revenir.
Et puis, ils ont sorti le corps. Là j'ai compris. J'ai compris qu'il y avait eu un mort, mais toujours pas que c'était tonton Ludo. Toujours refus de mon cerveau. Le choc de ce corps mis dans un sac, que l'on envoyait vers la morgue... Je ne l'oublierai pas de sitôt. Il a fallu m'asseoir, il a fallu pleurer. Alors, on est parti chercher mon amour. Il m'a aussitôt fait rentrer et c'est en l'écoutant parlé que j'ai mis un visage sur ce corps qu'on enlevait.
autre choc, autres larmes. Un sentiment d'injustice me saisit. Tonton Ludo n'avait que 35 ans, mon âge donc. C'était trop tôt... Il laisse derrière lui une enfant de sept ans...Comment va-t-elle surmonter tout cela?
Très vite cependant, parce que mon tout petit se réveillait, heure du repas oblige, il m'a fallu essuyer mes pleurs et avancer.
J'ai demandé à tonton Ludo de veiller sur lui en plus de sa fille, là où il serait.
Quant à moi, je me suis promis de parler de ce tonton à mon fils, lorsqu'il sera un peu plus grand.
J'espère apprendre à connaître un peu plus tonton Ludo, grâce à ceux qui l'ont côtoyé un peu plus que moi.
J'espère que mon fils comprendra ma démarche.
samedi, juin 15, 2013
histoire de faire des rimes
Le jour n'est pas propice
La nuit se veut complice
La lune même s'efface
L'obscurité, elle, bien en place
Pas une étoile qui a jaillit
Rien qui ne les conduit
et la mort qui sourit.
Ils cheminent pourtant,
Vaillamment, résistent à la peur
et n'écoutent que leur cœur;
faibles battements dans le vent
Pâle tentative de poésie! Un art à part entière, c'est sûr, il n'est pas donné à tout le monde!
Je préfère aligner les mots et laisser mon esprit vagabonder au fil de mes idées parfois confuses.
samedi, février 16, 2013
pour toi ptit loup
-te faire découvrir la beauté de l'aube et des couchers de soleil
-t'emmener voir les couleurs changeantes des saisons dans une forêt
-t'apprendre les choses cachées dans les nuages
-te répéter que la vie est belle même si parfois le monde te semble pourri
-t'écrire des histoires... pour t'endormir et t'éveiller, qui sait
-te donner le meilleur de moi-même à chaque instant
-prendre le temps de t'écouter
-te faire sentir l'esprit des arbres, de l'eau et de tout être, toute chose de la nature
-te lire de grands auteurs pour que tu aies le sens des mots, leur musique
-t'apprendre que pleurer n'est pas un signe de faiblesse, ni la gentillesse
-te donner le temps de grandir
-te dire que tu as le temps de grandir
-te montrer que le bonheur est en toi
-te faire comprendre que tout n'est pas rose, mais qu'il ne tient qu'à nous
de faire en sorte que cela change
-te faire aimer la vie, te la faire mordre à belle dent!
-t'apprendre que tout ne s'achète pas avec l'argent et que l'argent n'est pas une valeur
-te mettre en garde contre ceux qui essayeront d'abuser de ta confiance
-te laisser le soin de tes propres choix
-te faire découvrir les arts, même ceux que certains jugent mineurs
-faire en sorte que tu ne manques de rien
- te faire découvrir que d'autres possibles existent
Papa et moi t'attendons avec impatience mon ptit loup... et surtout nous t'aimons déjà.
dimanche, février 10, 2013
mon ptit loup
{Refrain:}
T´en fais, pas mon p´tit loup,
C´est la vie, ne pleure pas.
T´oublieras, mon p´tit loup,
Ne pleur´ pas.
Je t´amèn´rai sécher tes larmes
Au vent des quat´ points cardinaux,
Respirer la violett´ à Parme
Et les épices à Colombo.
On verra le fleuve Amazon´
Et la vallée des Orchidées
Et les enfants qui se savonn´nt
Le ventre avec des fleurs coupées.
{Refrain}
Allons voir la terre d´Abraham.
C´est encore plus beau qu´on le dit.
Y a des Van Gogh à Amsterdam
Qui ressemblent à des incendies.
On goût´ra les harengs crus
Et on boira du vin d´Moselle.
J´te racont´rai l´succès qu´j´ai eu
Un jour en jouant Sganarelle.
{Refrain}
Je t´amèn´rai voir Liverpool
Et ses guirlandes de Haddock
Et des pays où y a des poul´s
Qui chant´nt aussi haut que les coqs.
Tous les livres les plus beaux,
De Colette et d´Marcel Aymé,
Ceux de Rab´lais ou d´Léautaud,
Je suis sûr qu´tu vas les aimer.
{Refrain}
J´t´apprendrai, à la Jamaïque
La pêche´ de nuit au lamparo
Et j´t´emmènerai faire un pique-nique
En haut du Kilimandjaro
Et tu grimperas sur mon dos
Pour voir le plafond d´la Sixtine.
On s´ra fasciné au Prado
Par les Goya ou les Menine.
{Refrain}
Connais-tu, en quadriphonie,
Le dernier tube de Mahler
Et les planteurs de Virginie
Qui ne savent pas qu´y a un hiver.
On en a des chos´s à voir
Jusqu´à la Louisiane en fait
Où y a des typ´s qui ont tous les soirs
Du désespoir plein la trompett´.
T´en fais pas, mon p´tit loup,
C´est la vie, ne pleur´ pas.
Oublie-les, les p´tits cons
Qui t´ont fait ça.
T´en fais pas, mon p´tit loup,
C´est la vie, ne pleur´ pas.
J´t´en supplie, mon p´tit loup,
Ne pleure pas.
Depuis une semaine, j'avais cet air dans la tête, qui me raccrochait, me rapprochait à toi mon ptit loup. Impossible de me souvenir des paroles de cette chanson, une des premières que tu auras entendu.
Bientôt trois mois que tu grandis en moi. Tu t'es fait d'abord discret mais aujourd'hui mon ventre s'est déjà bien arrondi. Tu te montres, tu dis au monde je suis là.
Tu me donnes déjà le sourire. Tu fais de moi quelqu'un de presque plus sereine. C'est ainsi je deviens vite dragon mon ptit loup.
Pour toi, pour nous, je cherche un cocon où j'espère tu grandiras sans trop de coups durs et de larmes versées. Je t'aime mon ptit loup. Nous t'aimons déjà....1+1=3!
dimanche, novembre 25, 2012
Avoir confiance en Soi, en l'Autre et la vie... - Vidéo Dailymotion
Avoir confiance en Soi, en l'Autre et la vie... - Vidéo Dailymotion
ce qui me manque atrocement, ce que j'essaie d'atteindre, jour après jour... mais sans doute que je ne vide pas assez ma tête... que je ne sors pas assez les ordures, tout ce qui m'encombre pour profiter du moment présent...
à regarder sans modération pour des jours meilleurs, pour des nuits lumineuses, pour ne plus avoir froid ou peur, pour garder le sourire
ce qui me manque atrocement, ce que j'essaie d'atteindre, jour après jour... mais sans doute que je ne vide pas assez ma tête... que je ne sors pas assez les ordures, tout ce qui m'encombre pour profiter du moment présent...
à regarder sans modération pour des jours meilleurs, pour des nuits lumineuses, pour ne plus avoir froid ou peur, pour garder le sourire
vendredi, octobre 26, 2012
http://www.lejournaldepersonne.com/2012/10/lastre-des-astres/
Un peu de pub pour terminer la soirée.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce blog, je vous le recommande chaudement.
Il s'agit du journal de personne, une bien belle personne qui parle un peu de toi, moi, nous. Peu importe qui elle est, l'important c'est que chacune, chacun d'entre nous puissions nous retrouver dans ses yeux, sa voix, ses paroles.
Moi, elle me parle, comme personne!
J'ai choisi ce texte... Et bien pour ceux qui me suivent depuis le début, vous le savez sans doute. J'ai eu mon astre désastreux moi aussi!
Mon nouvel homme, mon nouvel astre semble s'attacher à moi, comme une planète et un satellite, comme la terre et la lune.
La lune me va si bien que je veux bien continuer à tourner autour de lui, quitte à rester un peu dans son ombre.
Mais, ne vous arrêtez pas à ce texte seulement.
Tous ont de grandes qualités, tous ont de grands engagements.
Alors, allez visiter le blog de Personne!
jeudi, octobre 25, 2012
autre vol, autre ambiance
Autre vol, autre compagnie, autres sièges, autres passagers beaucoup plus nombreux que ce matin (horaire très matinale oblige).
Couleurs tristounes, uniformes des hôtesses exécrables;
Prix défiants toute compétition, et pour cause.
Les sièges sont inconfortables, pas de porte revue donc pas de revue, pas même celle qui te propose boissons, sandwichs et conneries à vendre à bord.
Tu remarques (et comment faire autrement) les instructions de sécurité collées sur la tête du siège en face de toi... Difficile de passer au travers et surtout, elles vont t'accompagner durant tout le vol. Tu as un petit sourire en pensant que celles-ci te seront de toute façon d'aucune utilité, un peu lorsqu'on demande de garder son calme et de ne pas crier "au feu". Accepte ton triste sort...
Il n'y a pas de musique d'ambiance, si ce n'est le bruit des casiers qui claquent et ceux de l'avion, tel un ronronnement rassurant. S'ajoutent à cela les paroles de l'hôtesse que personne n'écoute et les voix mêlées des passagers et de leurs enfants (aucun ne semble aller à l'école).
En guise de déco, l'avion arbore fièrement des pub pour la région de Valence: clichés et goûts douteux sont au rendez-vous. Tu notes: soleil, plage, golf, paella et rires à gorges déployées qui sonnent faux...beurk!
Vivement le décollage que tes yeux fatigués se ferment. Mais vas-tu pouvoir dormir d'un véritable sommeil avec eux?
A croire que tous ont décidé de prendre des vacances en même temps que toi.
Tiens, tu as été un peu trop vite toute à l'heure. Le catalogue des choses à vendre par la compagnie existe bel et bien, il est juste distribué par une jolie hôtesse.
Les enfants s'impatientent et semblent vouloir faire la fête ou une révolution à leur manière.
Oui, ta sieste est sérieusement compromise. En voix off, l'hôtesse essaye vainement de nous donner les sempiternelles instructions de sécurité. Le départ est proche, tu attaches ta ceinture et accroches ces quelques mots: "don't worry if". Comment lui dire, qu'à ce sujet, tu as le cynisme d'un Tyler Durden..?
ça y est, tu te sens agressé par une enfant capricieuse, toi qui semblais si zen toute à l'heure, même toi t'y as cru!
Marche arrière, enfin la piste de décollage! Vivement l'arrivée! Tu as hâte de voir ta famille, ta nièce en particulier;
Le paysage devient de plus en plus petit. Des enfants poussent de grands "oh la" à chaque soubresaut de l'avion, se croyant sans doute dans une attraction. Ton premier pilote y avait été plus en douceur. La clim fonctionne bien. Bien mais trop.
Tu t'attardes sur le paysage, les différentes couleurs, les dégradés d'ocre et ces routes sinueuses, ces éoliennes en marche. Tu aimes ce que tu vois. Tu aimes quand le ciel rencontre la terre, ne faisant presque plus qu'un avec elle. Tu aimes cette harmonie qui s'en dégage. Et pourtant, cette terre a été manipulée, transformée, agressée par des générations d'hommes. Cette harmonie existe pourtant, bien malgré nous.
Incroyable! Tu as réussi à t'endormir!
Tu te réveilles à moitié, ton cou te fais souffrir et toujours la voix des enfants.
Celle de l'hôtesse, devenue commerciale pour de fausses cigarettes électroniques, te fait ouvrir les yeux, comme si tu avais été prisonnière d'un mauvais rêve.
Tu n'es pas d'humeur à rire. Mauvais rêve, mauvais réveil.
TU es maintenant au dessus de l'eau. Tu aperçois un bateau blanc dans l'immensité bleue. Il a l'air rapide, peut-être un de ces bateaux de croisière.
Plus tard, un autre qui semble suivi par un V qui va en s'écartant. Tu l'identifies donc comme un chalutier armé de ses longs filets. Tu ne fais plus attention à la voix de l'hôtesse maintenant, qui continue à vendre. Mais quoi?
L'arrivée vite, l'arrivée; tu t'impatientes sérieusement et ressembles de plus en plus à ces enfants capricieux; sauf que toi, tu ne peux pas pousser des hurlements stridents.
L'arrivée vite, l'arrivée, le sol se rapproche petit à petit. Auto-congratulation de la compagnie qui une fois de plus, n'a aucun retard et est même en avance. De quoi faire sursauter un sourd.
L'arrivée, enfin l'arrivée. Récupérer tes bagages, rallumer ton téléphone, repérer de loin ta nièce et son père...Personne, contacter ta soeur qui bosse. T'en profites pour appeler ton homme et ta mère: c'est bon tout s'est bien passé. Tu es bien vivante et bien arrivée à bon aéroport. Les voilà, enfin! Elle a encore grandie, belle comme un coeur dans sa petite robe d'été. La chaleur t'as surprise. C'est que là bas l'automne est bel et bien là. Encore un peu de voiture et tu retrouves ces paysages lunaires qui te calment tant, cette mer pourtant bien agitée mais qui t'appelle, la maison de ton père enfin. ça fait du bien de se sentir chez soi.
vendredi, octobre 19, 2012
escale
Quand tu atterris à Madrid, tout change. Le temps, le paysage, les gens.
Le temps d'abord, du soleil. Et des nuages blancs cotons, aux allures d'immenses barbes à papa.
Le paysage, ensuite, vallonné, des petites routes qui te mènent bien quelque part dans la campagne environnante. Et puis, tu aperçois quelques maisons et des piscines, pas mal de piscines. Ici, en Île de France, c'est voitures, voitures,périph,autoroutes et bâtiments de toute sorte.
Mais près de Madrid, c'est déjà un ailleurs, c'est déjà du repos loin de la ville et la ville n'est qu'à quelques stations de métro, quelques km en voiture.
Et puis, l'attente n'est plus l'attente. Tu te ballades dans l'aéroport. Tu regardes autour de toi. De temps en temps, tu jettes un oeil aux panneaux d'information. Tu t'attardes dans une librairie "Relay" où le rayon enfant est bien fourni, de belles histoires pour s'endormir, de pages et de pages de coloriage et de livres qui se font puzzle.
Tu bois un café au lait pour moins de deux euros, un bon café au lait, pas celui d'une machine qui est en rupture de "lait", mais qui ne te l'annonce pas.
Tu t'attardes un peu, là encore, malgré le bruit, parce que ça vit. Le bruit de la vaisselle qu'on débarrasse ou même celui de la machine à café n'est plus désagréable...
Parce que autour de toi, tout vit. Les voyageurs bavardent, sont vifs; les serveurs blaguent avec certains ou entre eux. Les rires fusent et ils abordent un large sourire.
Et puis, on ne t'appelle plus madame, mais mademoiselle et ça aussi ça change tout. Tu n'as plus l'impression que le temps passe à la vitesse d'un tgv et que tu ne t'es aperçu de rien. Non, on te remets à ta vraie place, celle dont tu ne pensais pas aboir bougé depuis dix ans...tout en ayant évolué (en bien, du moins tu l'espères, parce que tu as fait ce qu'il fallait pour). Ton horloge biologique s'est comme arrêtée...Zen, zen, tu as encore du temps pour tomber enceinte, mettre au monde tes enfants, les élever, vivre de tes passions. Ouf!
Tu reprends ta déambulation. Tu vois pas mal de personnel de sécurité ou autre. Certains poussent même la chansonnette. Tiens, quelqu'un qui est heureux de son sort? de sa vie? de son travail?
Les membres de la police ou de la guardia civil, parfois accompagnés d'un chien, déambulent eux aussi ou stationnent pour discuter entre eux. Étrangement, tu te sens en sécurité...Alors qu'en France, les agents de sûreté de la RATP, cow-boys stupides t'agacent, trop de flics ou pire des cars de CRS te font paniquer, même si ton casier est aussi vierge que Marie. Quant aux soldats lourdement armés dans les gares te font craindre qu'une guerre va surgir...Mais où? Quand? Comment? Mystère.
A l'aéroport de Madrid, tu as l'impression que c'est un peu moins "Paranoland".
Trop hs pour risquer de t'aventurer en ville (et qui sait te perdre?), tu prends une bouffée d'air. Oh, surprise! Tu peux laisser tomber ton blouson, tout le monde est en manche courte.
Tu squattes enfin une chaise haute d'un des nombreux points restauration. Il y a assez de place, tout le monde s'en fout que tu l'ai prise, sans rien consommer. Ils ont assez de travail comme ça, pas besoin de jouer aux flics en plus.
T'en profites pour écrire quelques lignes, en te promettant qu'au retour, t'iras senti cette ville, voir comment elle bouge, elle circule, elle vit intensément (tu l'espères) chaque minute. En fond sonore, dans ton ipod, Noir Dez, tu passeras plus tard à l'heure espagnole
Bientôt, tu pourras aller à la porte d'embarquement et peut-être même, si tu en as envie, t'octroyer une petite sieste, dans un siège plus confortable, que celui que tu occupes actuellement. C'est que debout depuis 4h du mat t'as pas l'habitude.
La France qui se lève tôt, qui soi-disant à entre ses mains le monde, l'avenir, n'a pas le droit de vote (ou si peu). Petite pensée pour eux et à l'homme de ménage ou technicien de surface que tu as vu dans un certain fast-food,pendant que le taxi t'emmenait à ton point de départ.
Pour l'instant, à Madrid, tu ne t'impatientes plus, tu es bien, tu es même contente d'attendre. Et, tu remarques aussi que seul tes "compatriotes" ne comprennent rien à la signalétique, pourtant bien foutue et surtout plus cohérente que celle de Roissy (malgré les efforts fournis). A croire qu'ils aiment les complications...Complications qui les font tourner en rond, qui les enferment dans leur quotidien. Surtout, pas de changement! Du moins, pas de changement trop brutal, ils flipperaient trop autrement.
Et puis soudain, tu es triste de penser qu'à Madrid et dans toute l'Espagne, c'est la merde, qu'il a fallu que le PP passe aux élections et que l'autre "face de merde" (comme dit ton père) entouré de ses acolytes, va encore faire tomber un peu plus ce pays, qui t'es si cher dans ton coeur.
Alors, tu te mets à rêver à cette République, pour qui s'est battu ton grand-père. Et, tu imagines, tu imagines sa victoire, et à ce que ton pays serait devenu si la Révolution commencée à Barcelone, avait fonctionné et embrasé tout le reste du pays. Sûre que tu ne serais pas là pour le voir, puisque ta famille ne serait jamais partie en exil (te permettant à toi de naître). Mais qu'importe. Cela aurait fait un putain de beau pays avec un putain de beau drapeau et surtout des vraies valeurs à défendre et à faire vivre ici-même et partout en Europe, et partout dans le monde. Un monde de l'autogestion, de l'autosuffisance, un monde plus fraternel. Un beau rêve, une belle utopie qui reste réalisable. Fin du rêve, tu penses à ce que tu vas faire durant ces quinze jours, hormis profiter de ta petite famille et du soleil, et de la plage.
Terminer ton histoire pour enfant et surtout, surtout entamer un "Comment nous pourrions vivre" bis ou 2 ou à l'heure du XXIème siècle. Là, tu parleras du squat, du service social qu'il peut être et qu'il pourrait être, avant pourquoi pas (quoique cette étape te semble bien fastidieuse) de l'élaborer en véritable projet à proposer à tous ces cons de politiques. Mais qui aura les couilles de le défendre, le mettre en place et surtout le sauvegarder? Qui?
Tu as au moins ton interrogation finale, comme un défi à lancer...)
Pour l'instant à Madrid
http://www.causes.com/causes/647287-stop-a-l-agonie-des-peuples-indigenes-d-amazonie/actions/1693926?causes_ref=email&recruiter_id=182895422&template=activity_invitation_mailer/activity_invitation&utm_campaign=action_invitation_email&utm_medium=email&utm_source=causes
http://forca-coragem.org/les-indiens-guarani-kaiowa-menacent-de-se-suicider-sur-la-terre-de-leurs-ancetres/
Triste nouvelle, triste acharnement contre des peuples qui pourtant ont beaucoup à nous apprendre, à nous et notre progrès, notre envie de toujours plus... Croissance disent-ils, croissance, tout en sachant très bien que le mur approche. Mais ils ne pensent qu'à leur propre intérêt. Quant à leur famille, sûre qu'ils sont sûrs de pouvoir les mettre à l'abri dans un bunker ou sur une autre planète.
Stupide comportement de celui qui a de l'argent, de celui qui se sent tout puissant et qui tente à imposer aux autres par la ruse ou par la force, par la peur et la propagande ses points de vue si myopes.
J'espère que la mobilisation internationale des ong, des gens comme vous et moi, sans doute de certains partis politiques et syndicats permettra à ces indiens de continuer à vivre comme ils l'entendent; c'est à dire sur la terre de leur ancêtre, cette terre qu'ils vénèrent (bien plus que nous) et dans le respect de leurs coutumes et croyances.
Il est temps à ceux qui ont encore la mentalité de colons de se taire et surtout pour une fois d'agir avec un peu plus d'intelligence que leurs prédécesseurs.
mardi, septembre 04, 2012
vendredi, août 31, 2012
le laurier
Sous le laurier, l'air est plus frais, le temps s'allonge, le vent vous calme.
Sous le laurier, un salon fait de mobilier d'intérieur, récupéré ça et là au gré de nos trouvailles.
Sous le laurier, quand les langues bien pendues ne font pas leur apparition, juste le bruit du vent, la marche des passants, la tranquillité, enfin.
Sous le laurier, les idées s'éclaircissent, les nuages se dissipent, les mensonges laissent place aux vérités.
Sous le laurier, tout retrouve son sens.
Sous le laurier, bien à l'abri, le feuillage vous réconforte de ses douces senteurs.
Sous le laurier, la beauté s'installe; seul, l'instant a de l'importance.
mardi, juillet 03, 2012
reportage/interview
Je vous recommande chaudement ce reportage. Loin de nos médias habituels, on ose ici nous rappeler qu'une arme reste une arme, y compris durant une guerre humanitaire.
Une arme est de fait fabriquée, voulue pour faire des dégâts, blesser, tuer.
Un reportage où l'on rappelle l'importance du mot "déontologie" et notamment dans le journalisme. Personnellement, grâce à ce type de travail, je retrouve un peu de confiance dans l'information... et d'espoir aussi.
Petite explication: marre des lèches-culs, des lobbying de certaines industries, des "amis" de tel ou tel gouvernement, de ceux qui nous prennent pour des cons, de ceux qui ont la folie de la théorie du complot, qui relayent les théories fascistes sur des blogs ou dans des articles de pseudo-journalistes.
ça fait beaucoup de monde... Vous ne trouvez pas?
http://www.legrandecart.net/droit-dingerence-et-guerre-humanitaire-entretien-avec-anne-cecile-robert-le-monde-diplomatique/
Une chanson
http://www.youtube.com/watch?v=X4pEkxz8W8c
De toute les chansons de ce grand auteur/interprète, c'est sans aucun doute celle-ci qui me donne le plus d'émotions.
La faute d'un homme, Diego Rodriguez Gil, mon grand-père.
Je vous renvoie à un vieil article écrit, il y a un an ou deux.
Pour son engagement, son emprisonnement, son courage.
La faute de ces mots qui font résonner ma mémoire: familiale mais aussi universelle.
Car,combien de Diego? Combien de personnes emprisonnées,pour leurs idées?
Combien de personnes emprisonnées, pour un mot de trop, un dessin?
Sans oublier, toutes celles qui le furent parce que différentes,dans leur façon de vivre ou autre?
J'aimerais un jour que cette chanson est moins de résonance en nous... ou plutôt qu'elle nous parle de temps tellement anciens, que nous serions incapables de comprendre un tel agissement, le pourquoi de telles paroles.
En attendant que ce rêve devienne réalité, je vous souhaite une bonne écoute!
(et pour ceux qui souhaitent aller plus loin, ci dessous les paroles)
Derrière des barreaux
Pour quelques mots
Qu'il pensait si fort
Dehors il fait chaud
Des milliers d'oiseaux
S'envolent sans effort
Quel est ce pays
Où frappe la nuit
La loi du plus fort ?
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
S'endort peut-etre...
Et moi qui danse ma vie
Qui chante et qui rit
Je pense à lui
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
Déjà mort peut-être...
dimanche, juin 24, 2012
lundi, juin 04, 2012
La Charte du Monde Libre
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jeudi, mai 03, 2012
"My Week with Marilyn"
Tout commence dans une salle de cinéma. Tout se termine dans une salle de cinéma. Dans les deux cas, Marilyn chante et danse, belles performances de l'actrice Michelle Williams qui, pour l'occasion, a appris à chanter et danser, qui plus est, comme le faisait la star. Dans cette salle, un homme en particulier la regarde. Clinton, jeune homme de bonne famille. Rien ne le conduisait au départ à faire carrière dans le cinéma. Mais sa passion et surtout sa persévérance le conduisirent tout droit sur le tournage du film mythique: "Le Prince et la danseuse".
Pour Marilyn c'est également son premier film en tant que productrice avec son associé Milton Green.
L'enjeu pour elle est donc double: prouver qu'elle est une vraie actrice (pour cela, elle est accompagnée de Paula Strasberg, femme de Lee Strasberg, célèbre professeur et chantre de l'Actor's Studios de New York) et prouver qu'elle peut se passer des studios d'Hollywood.
Sir Olivier le concèdera, il lui a fallu bien du courage pour en arriver là.
BIen sûr, le film montre également les tensions du tournage: dépassements du budget, retards répétés de l'actrice,les autres acteurs (tous issus du théâtre) qui se transforment en langues de vipère (pour certains, les multiples prises lorsque Marilyn oublie son texte, les rushs. Il nous dévoile u peu de la magie du cinéma, une actrice sublime malgré tout parce qu'elle sait d'instinct apprivoiser les caméras et du même coup subjuguer les yeux des spectateurs (séquence où Elsie-Marilyn danse seule face à la caméra en est un bon exemple)...
Un film dans le film comme un making off après coup, possible grâce aux nombreux témoignages existants.
Making off où se révélerait le manque de confiance de la jeune femme. Ce même manque qui lui fait arriver avec des heures et des heures de retard sur les plateaux, jusqu'à oublier son texte; ce même manque qui transforme une séance de rushes comme un insoutenable cauchemar.
Un making off, vu avec les yeux du jeune Collin, qui permet à la star de laisser place à la femme. A chaque apparition de la belle, la sublime, il y a comme un halo de lumière au dessus d'elle. Bien sûr, du fait qu'elle soit une star, mais surtout parce que Collin sait voir sa fragilité, une certaine innocence...Une femme enfant en somme.
Du fait de son emploi (troisième assistant donc homme à tout faire), il se retrouve à une place privilégiée: confident de Laurence Olivier et de Marilyn, avec laquelle il aura une aventure; aventure qui lui laissera comme un goût amer, puisque la belle retournera sagement dans les bras de son mari Arthur Miller. Un mariage qui porte déjà bien avant les marques de la trahison: après l'avoir courageusement défendu puisque visé par "la chasse aux sorcières", celle-ci découvre aux détours des pages d'un cahier, que celui-ci regrette déjà son mariage avec elle.
Un abandon de plus, un échec de plus pour elle qui ne semble pouvoir trouver ni sérénité ni bonheur.
Et puis, il y a aussi de la magie en elle, comme lorsqu'elle fait d'un premier rdv, un jour totalement inoubliable, par ses rires, sa spontanéité, sa présence et sa façon de vouloir à tout prix que tout soit parfait...
Et comme chacun d'entre nous, des zones d'ombre aussi apparaissent ici ou là. Ainsi, durant le tournage, mais aussi durant toute sa vie; il y a les personnes contre Marilyn ou avec elle (je préfère utiliser "avec" au lieu de "pour"). Pas de juste milieu, quand bien même il existe. Et même, si à la fin ses excuses désarmantes révèlent encore un peu plus la petite fille, elle peut parfois se montrer injuste y compris avec les personnes qui la soutiennent le plus.
Ni le livre, ni le film ne cache son addiction bien connue aux pilules de toute sorte: celles pour la calmer, celles pour dormir, celles pour se réveiller....
Vous vous dites sans doute que je ne vous parle que de Marilyn... C'est qu'en fait, il est bien difficile de voir les autres. Dans ce film aussi, on ne voit qu'elle, la caméra l'aime et nous avec. Michelle Williams n'y incarne pas un personnage, une personne, elle l'est tout simplement. Elle ne joue pas, elle devient Marilyn, elle devient Norma Jean. Les autres acteurs font bien sûr un travail remarquable, mais là, je ne sais pas... C'est comme si quelque chose s'était passé entre ces deux femmes. Michelle comprend et entend Norma Jean, comprend et entend Marilyn. Je ne sais qu'ajouter pour exprimer mon admiration d'une actrice que je connais mal, mais qui selon moi est trop rare sur nos écrans de cinéma.
Et je terminerai avec ceci, ce film nous dévoile autre chose sur les acteurs en général: leur générosité envers leur publis, leur travail, leur fragilité et leur peur bien sûr de perdre l'amour de ce public, de perdre l'amour tout court. A l'instar de Vivien Leigh et Laurence Olivier, il y a en eux aussi un manque de confiance en eux (bien sûr moins remarquable que chez Marilyn). L'âge et le fait d'obéir à des lois, des carcans presque devenus obsolètes, que sont ceux du théâtre anglais classique. Le fait de ne pas comprendre ce qu'exige le cinéma et les caméras (telle Dame Sibylle qui demande de l'aide à la star hollywoodienne, aussi pour rassurer cette dernière).
sans doute pas le film de l'année, mais un bon film tel une page de vie, un doux souvenir que l'on aime à se remémorer de temps en temps, une fois la blessure passée du premier amour. Un film qui nous fait du bien, qui nous apprend à regarder un peu plus autour de nous, essayer de voir les gens tels qu'ils sont, les aider un peu quand cela est possible, les aimer surtout, les pardonner parfois... et puis surtout profiter de cette chance incroyable d'être en vie et bien vivant... ne plus simplement essayer de vivre voire survivre mais vivre, quand bien même cela reste difficile parfois.
mercredi, mai 02, 2012
fragments... "Comment nous pourrions vivre" de William Morris
Ces extraits sont issus d'une conférence datant de 1884, publiée en 1887.
Force est de constater que ses idées restent d'actualité, tout comme notre société mortifère... Peu d'évolution entre le XXI et le XIXème siècle.
J'espère que vous apprécierez cette lecture et sa vision.
"Révolution: pour la plupart des gens ce mot dont nous autres, socialistes, sommes obligés de faire si fréquemment usage, a un écho terrifiant. L'on a beau expliquer qu'il n'est pas nécessairement synonyme de changement lié à l'insurrection ou à toute autre forme de violence, et qu'il ne signifie jamais un changement purement mécanique qu'imposerait à une opinion publique hostile un groupe d'individus ayant réussi d'une manière ou d'une autre à s'emparer du pouvoir exécutif à un moment donné..."
(...)
"La Peur et l'Espérance: tels sont les noms des deux grandes passions qui règnent sur le genre humain: les révolutionnaires n'ont pas d'autre matériau. Susciter l'espérance parmi la foule des opprimés et la peur chez les autres, la poignée d'oppresseurs, telle est notre mission. Il nous suffit d'ailleurs d'éveiller l'espoir de la majorité pour que les autres en aient forcément peur. Nous n'avons par ailleurs aucune envie de les épouvanter. Ce n'est pas une revanche que nous désirons pour les pauvres, c'est le bonheur. Comment en effet venger les millénaires de souffrances qui leur furent infligés?
Il reste que parmi les oppresseurs des pauvres, bon nombre, disons même le plus grand nombre, n'ont pas conscience d'être des oppresseurs (nous verrons bientôt pourquoi). Ils mènent pour leur part une existence paisible et rangée, aux antipodes du comportement d'un esclavagiste romain ou d'un Legree. Ils savent qu'il existe des miséreux, sans que les souffrances de ces derniers les affectent de manière incisive ou spectaculaire. Ils ont eux-mêmes leurs tracas; aussi croient-ils sans doute que l'homme, par nature, n'échappe pas aux tracas. Et ils n'ont aucun moyen de comparer les difficultés de leur existence avec celles qu'affrontent les citoyens placés plus bas qu'eux dans l'échelle sociale. Et si jamais s'impose à leur esprit la pensée de ces lourds tracas, ils se consolent en reprenant la maxime bien connue qui veut que l'on s'habitue à tout, même au pire."
(...)
"ces oppresseurs inconscients, qui vivent à l'aise, estiment avoir tout à perdre du moindre changement qui irait au-delà d'une réforme, fût-elle la plus douce et la plus graduelle possible. Ensuite ces pauvres, que leur existence tourmentée et pénible ne prédispose guère à imaginer qu'un quelconque évènement puisse tourner à leur avantage, ne veulent pas prendre le risque de perdre une seule miette de leurs maigres biens en militant pour l'amélioration de leur sort. Vis-à-vis des riches nous ne pouvons guère que leur inspirer la peur; vis-à-vis des pauvres, nous avons bien du mal à susciter parmi eux l'espérance."
(...)
"Ne sommes-nous pas dans un système qui interdit pratiquement toute volonté de reconstruction?"
(...)
"Sachez tout d'abord que notre système social actuel est fondé sur un état de guerre perpétuelle. Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui trouvera cela normal? On vous a souvent dit, je le sais, que la concurrence, de nos jours règle toute production, est une bonne chose, qui stimule le progrès de l'espèce. Mais ceux qui vous le disent, s'ils voulaient être honnêtes, devraient désigner la concurrence par son abréviation et parler de la guerre. Demandez-vous alors si la guerre ne stimule pas le progrès à la façon d'un taureau furieux qui vous poursuit dans votre jardin. Que signifie au mieux la guerre, ou la concurrence (appelez-la comme vous voudrez)? N'est-ce pas poursuivre son propre intérêt au détriment d'autrui, qui sera toujours perdant. L'on n'hésitera pas davantage, dans le cadre de cette poursuite, à détruire ses propres biens; sinon la bataille vous laissera plus mal en point qu'avant. Réalités que vous comprenez parfaitement dés lors qu'il s'agit de la guerre où l'on tue et où l'on se fait tuer, le type de guerre où les navires, par exemple, reçoivent comme instructions au départ de "couler, brûler, détruire". Mais il semble que vous soyez moins conscients du gaspillage de marchandises quand vous vous contenter de mener cette autre guerre qui s'appelle le commerce.
Ce qui n'empêche pas, notez-le bien, le gaspillage d'avoir lieu tout pareil."
(...)
"Les hommes politiques, vous le savez bien, prennent soin de ne rien voir de ce qui peut survenir au-delà d'une période de six mois"
(...)
"Voici en tout cas ce qui se trame:le système actuel, facteur obligé de rivalités nationales, est en train de nous pousser à une aveugle empoignade pour les marchés sur la base d'une certaine égalité avec les autres nations, parce que nous avons perdu le contrôle que nous avions desdits marchés. Le mot "aveugle" n'est pas trop fort. Nous ne faisons rien pour empêcher cette folie des débouchés à conquérir de nous mener là où elle veut bien nous conduire, là où elle doit forcément nous conduire. L'heure est aujourd'hui à la rapine triomphante et à l'honneur bafoué. L'heure sera peut-être demain à la défaite complète et à l'honneur bafoué."
(...)
"Je veux simplement vous montrer où mène la guerre commerciale dés lors qu'elle touche les nations étrangères. Point n'est besoin d'être un génie pour voir qu'il ne peut s'ensuivre qu'un pur gâchis. Tel est le type de relations que nous avons aujourd'hui avec les nations étrangères: nous sommes prêts à les ruiner, si possible sans guerre, par la guerre si nécessaire. Sans parler de la scandaleuse exploitation, dans l'intervalle, des tribus sauvages et des peuples barbares auxquels nous imposons tout à la fois notre pacotille et notre hypocrisie à coups de canon."
(...)
"Et l'ensemble des nations civilisées formerait une vaste communauté, qui fixerait d'un commun accord la nature et le niveau de production et de distribution requis, et qui se répartirait les diverses productions en fonction des lieux les plus appropriés, soucieuse d'éviter avant tout le gaspillage. Songez aux bénéfices qu'en tireraient les nations, par rapport au gaspillage actuel, et songez à la richesse qu'apporterait au monde une telle révolution! Je ne vois pas quel être vivant en pâtirait. Je crois au contraire que tout le monde en bénéficierait. Alors, où est l'obstacle? D'ici peu, je vous le dirai.
Auparavant passons de cette "concurrence" qui prévaut entre les nations à celle qui met aux prises "les organisateurs de la main-d'oeuvre": les grandes entreprises, les compagnies par actions, bref les capitalistes, et voyons comment la concurrence "stimule la production" des unes par rapport aux autres. Le fait est que la production s'en trouve stimulée; mais une production de quelle nature? La production d'un objet quelconque dont la vente dégagera un profit; autrement dit il s'agit d'une production de profits. Remarquons également la façon dont la guerre commerciale stimule cette production: sur un marché donné il existe une demande pour telle marchandise; il se trouve, disons, une centaine de fabricants spécialisés dans ce type de produits; chacun, désireux d'être le seul à profiter du marché, se bat bec et ongle pour en détenir la plus grande part possible; il en découle évidemment une surproduction du produit recherché et un engorgement du marché: la frénésie de fabrication retombe bientôt à plat.
Ne jugez-vous pas que cela ressemble à la guerre ? Ne voyez-vous pas le gâchis qui s'y attache-gâchis de main-d'oeuvre, de savoir-faire, d'habileté, bref un gaspillage de vie? Vous m'objecterez peut-être que le prix des produits s'en trouve réduit. En un sens, c'est vrai: mais seulement en apparence, puisque le salaire du travailleur ordinaire a tendance à glisser au même rythme que les prix; et il faut voir ce que nous coûte cette baisse apparente des prix! A dire vrai, il faut qu'il y ait au moins deux victimes: le consommateur que l'on trompe, et le producteur véritable que l'on affame, au bénéfice du spéculateur qui, tirant parti à la fois du producteur et du consommateur, "fait son beurre". Je n'ai pas besoin d'entrer dans tous les détails des contrefaçons, car tout le monde connaît la part qu'elles ont dans ce type de commerce. Mais souvenez-vous qu'elles constituent un phénomène absolument inhérent à cette production du profit à partir de la marchandise qui occupe les soi-disant manufacturiers. Souvenez-vous aussi que, pris dans leur ensemble, les consommateurs sont totalement désarmés vis-à-vis des spéculateurs; avec les prix réduits, on leur impose les produits et, avec les produits, un mode de vie que détermine pour le consommateur cette stratégie énergique et agressive de prix bas. Car la malédiction de la guerre commerciale est si répandue que ses ravages n'épargnent aucun pays."
(...)
"L'indigène des mers du Sud n'a plus qu'à tout délaisser: l'art de sculpter les pirogues, son doux repos, ses danses pleines de grâce, pour devenir l'esclave d'un esclave: pantalon, pacotille, rhum, missionnaire et maladie mortelle-il doit avaler d'un seul coup la civilisation entière. Ni lui ni nous ne pouvons rien pour lui maintenant, tant que l'ordre social n'aura pas délogé la monstrueuse tyrannie de la spéculation qui a causé sa ruine."
(...)
Le fabricant, dans le feu de la guerre qu'il mène, a dû rassembler en un seul lieu une immense armée d'ouvriers; il les a entraînés jusqu'à ce qu'ils soient aptes à l'usage dans sa branche de production, c'est à dire jusqu'à ce qu'ils soient source de profit, avec pour résultat qu'ils ne seront bons qu'à cela et à rien d'autre; et quand la surproduction affecte le marché qu'il approvisionne, qu'arrive-t-il à cette armée dont chaque soldat dépend d'une demande régulière émanant dudit marché, et se conduit, sans qu'il en ait le choix, comme si la demande devait-être éternelle? Vous savez parfaitement ce qu'il arrive à ces hommes: on leur ferme la porte de l'usine au nez; il en va ainsi pour la majorité d'entre eux, et, à tout le moins, pour l'armée de réserve du travail qu'en temps d'expansion l'on met à la tâche avec une belle ardeur. Qu'advient-il de ces hommes? On ne le sait que trop ces temps-ci. Mais ce que nous ne savons pas, ou que nous choisissons d'ignorer, c'est le fait que cette armée de réserve du travail est une nécessité absolue de la guerre commerciale: si nos fabricants n'étaient pas en mesure d'enrôler ces pauvres diables et de les affecter à leurs machines quand la demande s'accroît, il y aurait d'autres industriels en France, en Allemagne, en Amérique pour intervenir et leur souffler le marché."
(...)
"Prenez seulement le temps d'imaginer un instant l'étendue du gaspillage lié à l'ouverture de nouveaux débouchés dans les contrées sauvages et barbares, qui représente sous sa forme extrême la pression exercée sur notre monde par le marché à profits: vous ne manquerez pas de vous rendre compte du monstrueux cauchemar que constitue ce marché. Il nous oblige à gagner notre vie ans la sueur et la terreur: nous voici incapables de lire un livre, d'examiner un tableau, de trouver un coin de campagne agréable où nous promener, de prendre tranquillement le soleil, de nous familiariser avec le savoir de notre époque. En un mot nous voici incapables de jouir d'aucun plaisir intellectuel ou animal. Et à quelle fin, tant de privations? Pour que nous soyons en mesure de mener la même vie d'esclave jusqu'à notre dernier souffle, afin de permettre aux riches de vivre, comme on dit, dans le bien-être et dans le luxe: c'est-à-dire de mener une vie si malsaine, si vide, si dénaturée qu'ils sont peut-être, tout compte fait, plus à plaindre encore que les ouvriers. Quant aux répercussions de toutes ces souffrances, l'on s'estimera particulièrement heureux s'il n'y en a aucune, et que l'on puisse dire des marchandises qu'elles n'ont fait de bien à personne. Car le plus souvent, il en est plus d'un qui en pâtit: ainsi avons-nous trimé, gémi, péri à fabriquer pour nos semblables ruine et poison."
(...)
"ouvrir à n'importe quel prix des débouchés extérieurs, et maintenir à l'intérieur une situation de privilège illimité faussement dénommée laissez-faire (faussement; parce que les classes privilégiées sont épaulées par la force de l'Exécutif pour contraindre les non-privilégiés à accepter leurs conditions; si c'est cela la "libre concurrence", les mots n'ont plus aucun sens). Voilà à quoi se réduit le rôle du gouvernement dans la seule conception qu'en ont nos capitaines d'industrie."
(...)
"De même que les nations sont conduites, dans le système actuel, à se disputer les marchés du globe, et que les compagnies ou les capitaines d'industrie doivent se disputer âprement toute part des profits tirés des marchés, de même les travailleurs sont obligés de rivaliser-pour leur gagne-pain; et c'est cette concurrence permanente, ou cette guerre, les dressant les uns contre les autres, qui permet aux profiteurs de réaliser leurs profits, et, grâce aux richesses qu'ils accumulent ainsi, d'accaparer la totalité du pouvoir exécutif de leur pays. Mais attention à la différence entre la situation des travailleurs et celle des profiteurs: pour ces derniers, les accapareurs, la guerre est une nécessité; il n'existe pas de profit sans concurrence, tant au niveau des personnes qu'à celui des firmes et des nations. Par contre, l'on peut gagner sa vie sans faire jouer la concurrence: l'on peut s'associer au lieu de rivaliser."
(...)
"J'ai dit que la guerre était le souffle vital des profiteurs; de même l'association est la vie des travailleurs."
(...)
"La condition actuelle des ouvriers faits d'eux la machinerie du commerce, ou en termes plus francs, ses esclaves. Qu'ils changent cette situation, qu'ils deviennent libres, et la classe des profiteurs cessera nécessairement d'exister. Quelle sera alors la situation des travailleurs? Même dans l'état actuel des choses, le seul élément indispensable de la société, l'élément virtuel, c'est eux. Les autres classes ne sont que des parasites qui vivent à leurs crochets. Et que deviendraient-ils être, que seront-ils, quand ils prendront, une fois pour toutes, la mesure de leur pouvoir réel, et qu'ils cesseront de rivaliser au niveau de leur gagne-pain? Ils seront la société, je vous l'assure; ils seront la communauté. Et à partir du moment où la société, c'est eux (pour autant qu'il n'existe plus de classe en dehors d'eux contre laquelle ils doivent se battre), ils sont en mesure de moduler leur travail selon leurs besoins réels."
(...)
"Quand les travailleurs seront la société, ils régleront leur travail: l'offre et la demande deviendront authentiques, au lieu d'être un jeu de hasard. Elles coïncideront, car la société qui émettra la demande sera aussi celle qui fournira l'offre. Disparaîtront alors les famines artificielles, et l'indigence au sein de la surproduction au milieu des réserves excessives d'objets propres à combler la pauvreté et à la changer en bien-être. En un mot, il n'y aura plus de gaspillage, et partant, plus de tyrannie."
(...)
"On dirait presque que le spectre de la recherche incessante de nourriture, qui était jadis le maître du sauvage, continue à hanter l'homme civilisé."
(...)
"Cesser de craindre nos semblables pour apprendre à leur faire confiance, nous débarrasser de la concurrence pour bâtir la coopération, voilà notre suprême obligation."
(...)
"La véritable question que pose la civilisation a toujours été celle-ci: quel usage réserver au surplus dégagé par le travail? Question à laquelle les hommes, poussés par le spectre dont je viens de parler, la peur de mourir de faim, et son acolyte, le désir de domination, ont toujours donné une bien mauvaise réponse, plus encore à notre époque peut-être, alors que le surplus dégagé par le travail a connu une croissance aussi prodigieuse que rapide. Pour l'homme, la réponse a toujours été de rivaliser avec son semblable pour s'approprier égoïstement des parts de ce surplus qui devraient normalement lui échapper. Et ceux qui se sont trouvés en position de force pour détrousser les autres ont eu recours à toutes sortes d'artifices pour maintenir ceux qu'ils avaient volés en état d'infériorité perpétuel."
(...)
"Voici la réponse: le travailleur aura la pleine jouissance de tout ce qu'il produit et n'en sera plus dépouillé. Or, souvenez-vous qu'il produit collectivement: il accomplira donc la quantité de travail qui lui sera demandée conformément à sa capacité, et, sur le produit de ce travail, il disposera d'autant qu'il nécessite; parce que, voyez-vous, il ne peut utiliser davantage que ce qu'il nécessite, sauf à le gaspiller.
Si cette vision des choses vous semble trop idéaliste, comme la situation actuelle vous autorise à le penser, je l'étayerai d'un mot: lorsque les hommes s'organiseront de façon à éviter que leur travail n'aboutisse à un gaspillage, délivrés de la peur de mourir de faim et du désir de domination, ils auront le loisir et la liberté de réfléchir pour voir clairement ce dont ils ont vraiment besoin."
(...)
"Ma première revendication, c'est la santé. Et j'affirme que la population des pays civilisés, pour une proportion considérable, ne sait même pas à quoi cela correspond. Prendre plaisir au simple fait de vivre; jouir d'exercer ses membres et toutes ses facultés physiques; jouer, en quelque sorte, avec le soleil, le vent, la pluie; satisfaire dans la joie les appétits physiques ordinaires de l'animal humain sans avoir ni peur de s'avilir, ni conscience de mal faire: je réclame tout cela et davantage encore!"
(...)
"Un professeur renommé a dit que le pauvre souffrait toujours de la même et unique maladie: la faim. Je sais une chose, en tout cas: pour qui est accablé de travail, sa santé ne saurait correspondre à celle dont je vous parle; ni pour qui passe sa vie enchaîné à la morne routine d'une tâche mécanique qui ne varie jamais, et dont l'exécution n'éveille aucun espoir; ni pour qui, craignant pour sa subsistance, vit dans des affres incessantes et sordides; ni pour qui n'a point de logement convenable; ni pour qui est privé de tout accès à la beauté naturelle du monde; ni pour qui nulle distraction ne vient fouetter de temps en temps le moral. ce sont là autant de considérations touchant, plus ou moins directement à la condition physique de l'homme, qui découlent du droit de jouir d'une bonne santé, tel que je le revendique."
(...)
"En second lieu je revendique le droit à l'instruction. Ne me dites pas que les petits Anglais bénéficient tous de l'instruction. Le type d'éducation qu'on leur dispense ne saurait répondre à ma demande, même si j'admets bien volontiers qu'il représente déjà quelque chose. Quelque chose...et au bout du compte, malgré tout rien d'autre qu'une éducation de classe. Ce que je veux, c'est une instruction libérale me donnant la possibilité de prendre ma part de toutes les connaissances des temps modernes, selon ma capacité ou mon inclination, qu'elles soient d'ordre historique ou scientifique; ma part également du savoir-faire existant dans le monde tant dans le domaine des fabrications industrielles que dans celui des beaux-arts: la peinture, la sculpture, la musique, le théâtre ,etc. Je revendique le droit d'être initié, si j'en ai la capacité, à plusieurs métiers, que je pourrais exercer au bénéfice de la communauté. Peut-être y verrez-vous une exigence exorbitante; mais je suis persuadé qu'elle n'est pas démesurée si mes aptitudes spécifiques, et si nous ne voulons pas en être réduits au triste niveau de médiocrité qui est le nôtre aujourd'hui, à l'exception de ceux d'entre nous qui sont les plus forts et les plus résistants.
Je sais en outre que ce droit à l'instruction implique la possibilité d'accéder à des services publics, sous formes de bibliothèques, d'écoles et autres établissements publics, qui ne puissent tomber sous le contrôle d'aucune personne privée, fût-ce la plus fortunée."
(...)
"Le droit à l'instruction implique également le droit à jouir de loisirs à profusion-chose que je revendique avec non moins de confiance. Quand nous nous serons en effet débarrassés de l'esclavage du profit, l'organisation du travail, éliminant tout gaspillage, exclura que l'on accable indûment quiconque en particulier, étant admis qu'il reviendra naturellement à chaque citoyen d'apporter son écot de travail clairement utile.
(...)
"S'agissant de ce loisir, autant je m'abstiendrai résolument d'en user pour porter préjudice à quiconque, autant je m'efforcerai d'en multiplier les bienfaits pour la communauté, par une pratique des arts ou l'exercice d'activités engageant mes mains et mon cerveau susceptibles de donner du plaisir à quantité de citoyens. En d'autres termes, une grande partie du travail le mieux fait sera pris sur le temps de loisir d'hommes délivrés de la hantise de la subsistance et désireux, comme le sont tous les hommes, voire tous les animaux, de mettre en valeur leurs talents spécifiques.
Ce loisir me permettrait encore de suivre mes goûts et d'élargir, par le voyage, l'horizon de mon esprit, si tel était mon penchant."
(...)
"Mais afin que mon loisir ne dégénère pas en oisiveté ni en désœuvrement, il me faut à présent demander qu'il y ait oeuvre utile à faire. C'est à mes yeux l'exigence primordiale. Avec votre permission j'en dirai un mot ou deux. J'ai précisé que je profiterais sans doute de mon loisir pour effectuer une bonne proportion de ce qu'on appelle aujourd'hui le travail. Mais si je suis membre d'une communauté socialiste, j'ai clairement le devoir de prendre ma part légitime de travail le plus ardu; soit la part qui m'échoit de ce que ma capacité me permet d'accomplir; on ne me clouera jamais à un lit de Procuste; mais il n'est pas jusqu'à la part de travail nécessaire à l'existence de la vie sociale la plus simple qui ne doive, d'abord et avant tout, et quelle que soit par ailleurs sa nature, être du travail raisonnable; c'est à dire du travail dont un honnête citoyen voie la nécessité. En tant que membre de la communauté, je dois avoir accepté de l'accomplir."
(...)
"Si ledit travail nécessaire et raisonnable est d'ordre mécanique, je dois recevoir le secours d'une machine, non point pour abaisser le coût de mon travail, mais de façon à réduire au maximum le temps que j'y passerai; je serai libre de penser à autre chose pendant que je surveille la machine. Et s'il s'agit d'un labeur particulièrement ardu ou exténuant, vous m'accorderez sûrement que plusieurs personnes doivent me relayer; l'on ne doit pas s'attendre par exemple à ce que je passe ma journée de travail au fond d'un puits de mine. Je pense qu'un travail de ce type devrait s'effectuer largement sur la base du volontariat et, comme je l'ai dit, par roulement."
(...)
"Dernière exigence que je formule par rapport à mon travail: il conviendrait que les lieux où je travaille, les usines ou les ateliers, fussent attrayants, comme le sont les champs où s'accomplit notre travail le plus nécessaire. Croyez-moi: il n'est rien au monde qui puisse empêcher qu'il en soit ainsi, hormis le besoin d'extraire du profit de toute production. Autrement dit, si l'on abaisse le prix des marchandises, c'est au bouges surpeuplés, insalubres, immondes et bruyants. En somme, on abaisse les prix au détriment de l'existence du travailleur.
Voilà pour mes exigences relatives à mon travail nécessaire, qui représente un tribut à la communauté. L'on découvrirait, je crois, à mesure que se développerait la capacité de tous à instaurer une société correctement organisée, qu'en obéissant à ces règles, la vie serait beaucoup moins chère qu'on ne saurait le concevoir à ce jour, et qu'au bout d'un certain temps les gens chercheraient plus vite du travail qu'ils ne le fuiraient, et que l'on gagnerait à faire de nos journées de travail des parties de plaisir regroupant hommes et femmes, jeunes et vieux, pour qui le travail serait source de joie, au lieu de cette lassitude grincheuse qui s'y attache de nos jours le plus souvent. Sonnerait alors l'heure de la renaissance de l'art, dont il a été tant question, et qui a tant tardé. Les gens ne pourraient s'empêcher de manifester leur plaisir et leur joie dans leur travail, et souhaiteraient les exprimer sous une forme tangible et plus ou moins durable: l'atelier redeviendrait une école d'art dont l'influence s'exercerait sur tous.
L'art m'amène à ma dernière revendication: je demande que soit plaisant, beau et généreux le cadre matériel de ma vie. C'est une exigence de taille, je m'en rends compte. Je n'en dirai qu'une chose: si l'on ne peut y répondre, si les sociétés civilisées ne sont pas toutes en mesure de garantir à l'ensemble de leurs membres un environnement de cette qualité, je souhaite que le monde s'arrête! C'est un désastre que l'homme ait jamais existé! Pour moi, l'on n'insistera jamais assez là dessus. Viendra un temps, j'en suis certain, où l'on aura du mal à croire qu'une communauté aussi riche que la nôtre, maîtresse comme elle de la Nature, ait accepté de mener l'existence ignoble et repoussante qui est la nôtre.
Je le répète: il n'est rien dans notre état, si ce n'est la chasse au profit, qui nous oblige à vivre ainsi. C'est le profit qui a attiré les hommes, par exemple, vers ces conglomérats énormes, impossibles à gérer, qu'on appelle des villes. C'est le profit qui les fait s'y entasser dans des constructions sans jardins ni espaces libres. C'est le profit qui refuse de prendre les précautions les plus ordinaires pour éviter d'envelopper un district entier dans un nuage de fumée sulfureuse. C'est lui qui transforme les beaux cours d'eau en égouts répugnants. C'est lui qui condamne tout le monde, hormis les riches, à vivre, au mieux, dans des maisons encombrées, dans des bâtisses d'une innommable désolation."
(...)
"Quand ils auront cessé d'être des esclaves, ils exigeront tout naturellement que tout homme, toute famille, dispose de logements généreux; que tout enfant ait la possibilité de jouer dans un jardin proche de domicile de ses parents; que toute demeure, emblème de l'ordre et de la propreté, soit un ornement pour la Nature, au lieu de la défigurer. Car il n'est pas douteux que l'ordre et la propreté en question, portés au niveau requis, frayeraient la voie à la beauté architecturale. Tout ceci, bien entendu, voudrait dire que le peuple (c'est à dire la société entière) fût correctement organisé et qu'il détînt les moyens de production, qui ne seraient la propriété d'aucun particulier, mais dont tout le monde se servirait en tant que de besoin."
(...)
"Seul, en effet, un mode de vie et de pensée collectif saurait nourrir les aspirations aptes à susciter sa beauté, et jouir du savoir-faire et du loisir nécessaires à leur matérialisation."
(...)
"Là où l'on porte essentiellement atteinte de nos jours à la beauté de la vie, c'est quand on permet aux machines d'être nos maîtresses, au lieu qu'elles doivent nous servir.
Autrement dit, c'est la preuve du crime abominable où nous avons sombré, quand nous utilisons notre maîtrise des forces de la Nature pour asservir les hommes. En attendant, nous sommes moins pressés de mesurer tout le bonheur que nous volons à leur vie."
(...)
"Nous sommes les esclaves de monstre que nous avons créés. Et j'espère bien que dans une société qui a pour but, non pas de multiplier la main-d'oeuvre, comme c'est le cas aujourd'hui, mais de vivre agréablement, comme ce serait le cas dans une société correctement organisée, j'espère bien, dis-je, que la complication même des machines aboutira à une simplification de la vie, donc à une place plus limitée pour les machines."
(...)
"Je m'en tiendrai là en ce qui concerne les droits que je revendique encore d'une vie décente. Je les résume brièvement: premièrement, un corps sain; deuxièmement, un esprit actif, ouvert au passé, au présent, au futur; troisièmement, un travail approprié à un corps sain et à un esprit actif; et quatrièmement, le droit de vivre dans un monde de beauté."
(...)
"S'il s'avère encore (comme beaucoup le pensent) que la civilisation voue à l'échec l'espoir de parvenir à ces conditions de vie, alors la civilisation interdit à l'homme d'être humain. Étouffons donc toute aspiration au progrès et jusqu'à tout sentiment de bonne volonté et d'affection mutuelles entre les hommes! Et que chacun de nous attrape ce qu'il peut du tas de richesses que créent les imbéciles pour que s'engraissent les coquins. Mieux: trouvons au plus vite le moyen de mourir comme des hommes, puisqu'il nous est interdit de vivre comme des hommes."
(...)
"Voilà ce qu'il nous faut apprendre au peuple, après nous en être convaincus nous-mêmes. Il s'agit d'une lourde tâche, d'une oeuvre de longue haleine."
dimanche, avril 08, 2012
Plus d'armes pour des atrocités : agissez maintenant | Amnesty International France
Plus d'armes pour des atrocités : agissez maintenant | Amnesty International France
La France est le 4ème pays au monde, concernant la vente d'armes. Beaux profits en perspective pour certaines entreprises aidées par l'Etat pour placer leur produit. Mais que dire des mines qui ont fait et font encore tant de dégâts, des nouvelles armes contre internet qui aident les dictatures, les civils pris pour cibles, les armes vendues aux deux camps lorsqu'un conflit éclate.... Nous sommes responsables de l'armement des terroristes, des enfants soldats, des exactions, des viols....
Parce que beaucoup d'entre nous veulent un meilleur avenir pour nos enfants, il est temps de contrôler plus attentivement le commerce des armes, avant de le diminuer. Comment justifier les budgets à l'arment, lorsque ceux donnés à la culture, l'éducation, l'aide aux plus démunis baissent dangereusement?
N'attendez plus, signez cette pétition! C'est déjà un premier acte pour condamner nos politiques, mais aussi pour se montrer solidaires avec toutes les populations prises pour cibles actuellement.
La France est le 4ème pays au monde, concernant la vente d'armes. Beaux profits en perspective pour certaines entreprises aidées par l'Etat pour placer leur produit. Mais que dire des mines qui ont fait et font encore tant de dégâts, des nouvelles armes contre internet qui aident les dictatures, les civils pris pour cibles, les armes vendues aux deux camps lorsqu'un conflit éclate.... Nous sommes responsables de l'armement des terroristes, des enfants soldats, des exactions, des viols....
Parce que beaucoup d'entre nous veulent un meilleur avenir pour nos enfants, il est temps de contrôler plus attentivement le commerce des armes, avant de le diminuer. Comment justifier les budgets à l'arment, lorsque ceux donnés à la culture, l'éducation, l'aide aux plus démunis baissent dangereusement?
N'attendez plus, signez cette pétition! C'est déjà un premier acte pour condamner nos politiques, mais aussi pour se montrer solidaires avec toutes les populations prises pour cibles actuellement.
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