lundi, octobre 21, 2013

Toute ressemblance...

IL était le dernier des frères, le dernier des oncles. Parti il y a plus de dix ans, il voulait retourner dans son pays, pour y finir sa vie. Pas de nouveau départ, non. Terminer de travailler (sa longue vie pleine de travail) avant de "bénéficier" d'une petite retraite au soleil. Il était le dernier des frères, le dernier des oncles. Il ne donnait que peu de nouvelles, casanier aux allures d'un ours, malhabile avec les sentiments et surtout surtout n'aimant pas parler, encore moins au téléphone. Ne revenant que peu souvent en France, la famille restée ici s'interrogeait de temps à autre sur son sort: comment va-t-il? sa santé? que fait-il? De temps en temps donc, on se demandait s'il était toujours en vie. De temps en temps, on culpabilisait sur le nombre de coups de fil passé, sur les vacances qu'on aurait pu programmé, là-bas aux Canaries. Après tout, le soleil est au rendez-vous toute l'année. De temps en temps, on était heureux de le voir... Oh, tu t'en vas déjà! De temps en temps, sauf cette année. Aucune de ses sœurs ne semblaient être disposées à l'accueillir quelques jours, encore moins une semaine; pas même sa nièce. Dommage, il s'était brouillé, il y a fort longtemps, avec les plus chaleureux... Cette année, il ne serait pas venu seul mais accompagné de sa fille et son petit-fils, si jeune, si beau, si bébé. Elle, qui n'était pas plus pressée que cela à l'idée de faire les présentations, se sentait prise pour cible de ce refroidissement. Pensez-vous donc... Simple vendeuse, qui a fait des études de cinéma... ah ah ah! de cinéma! mais que croyait-elle enfin? pas grand chose et sûrement pas assez en elle pour aller au bout de son idée ou bien simplement que sa vocation ne se trouvait pas dans cette branche. Et politiquement si à gauche, que s'en est presque dérangeant, à toujours vouloir défendre la cause des sans-papiers, des chômeurs qui profitent du système (elle-même s'en est vanté, elle l'a dit qu'elle était heureuse sans travail! vous rendez-vous compte!), des animaux, des gens sans terres sans rien... Elle a même vanté les mérites d'une vie sans argent, de l'action de certains hackers... Non vraiment, son cousin ne l'a pas gardé dans ses contacts, comprenez-vous auprès de ses collègues, sa hiérarchie; ce n'était pas politiquement correct. Pourtant, enfant à ne jamais dire un mot plus haut que l'autre, si sage... Et le père de son enfant... On sait qui il est? Il a une drôle d'allure sur les photos qu'elle a partagé. Il a l'air plus âgé. Il paraît qu'il ne travaille pas, bah bravo. Ils vont l'élever comment cet enfant? Le pauvre! Espérons qu'il ne manque de rien... Oui ses choix de vie, elle en était sûre, étaient trop hors cadre. Et notre frère? Que lui raconter, il est pas très loquace? Simple artisan ouvrier... Oui mais bon au moins, il avait un travail. Il paraît qu'il a arrêté de boire... La cigarette par contre, il fume comme un pompier, ça va jaunir les peintures et papiers peints, ça va empester le tabac... en été encore, on aurait pu lui demander d'aller fumer dehors. Elle en était sûre par moment, elle pouvait même voir de façon fugace leur manière de penser, elle qui les avait si souvent et si longuement observé. Si son père n'était pas assez bien pour ses tantes, les petites sœurs, c'est sûre, elle ne donnerait plus signe de vie, ni d'elle, ni de son fils... ou peut-être à la majorité de celui-ci. Histoire de famille, ni plus ni moins, pleine d'hypocrisie, de colère rentrée, d'amour aussi.

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