lundi, janvier 30, 2012

dans la tête d'une terroriste?


J'ai senti mes membres se déchirer, se détacher.
J'ai senti mes os se disloquer.
J'ai senti la chaleur étouffante,
j'ai vu les flammes.
J'ai entendu les hurlements des autres passagers.
J'ai senti mes larmes coulées.
Puis, plus rien, le calme, le silence.
Un trou noir où je suis depuis,
traversée de froid, de vent et parfois de plaintes.
Un néant dont je ne sortirai pas.
Cela n'aurait pas du se passer comme ça.
J'avais moi-même fait la bombe.
Je l'ai moi-même placée et activée.
Mais, il ne s'agissait pas d'une opération kamikaze.
Je répète, cela n'aurait pas du se passer comme ça.
J'aurais du pouvoir sortir du wagon et du métro.
J'aurais du pouvoir envoyer cette lettre aux grands médias.
La cause en laquelle je croyais,
la cause pour laquelle je me battais, est aujourd'hui perdue.
Personne n'a retrouvé la lettre.
Trop endommagée, ils ont mis ça, encore une fois sur le dos d'un groupe inexistant
d'islamistes.
La cause est perdue.
Mon groupe m'avait déjà désavoué, je ne suis pas une martyre ni une héroïne.
Tout le monde a capitulé.
Mes camarades se sont fait tous petits, sont rentrés dans le moule, ont fait leur mea culpa.
Ils collaborent, voilà ils collaborent.
Dans ce trou, j'ai toujours aussi froid.
Je repense parfois à ces gens pris dans leur lecture, leur indifférence.
Je repense surtout au SDF qui a été le seul à comprendre, à saisir ce que je faisais.
Prise à partie, il m'a condamnée, sans savoir que je me battais pour un monde plus juste.
Je me demande parfois si j'ai eu raison finalement de devenir si violente;
Mais on piétinait, on nous pourchassait... alors des idées qui tournent en rond, des idées qui tournent pas rond.
Si facile, de trouver comment et quoi, de trouver quand.
Si facile, voilà j'ai trouvé ça facile.
J'ai des remords parfois, surtout pour ce SDF qui me demandait pourquoi pourquoi je prenais le droit de tuer des gens qui n'avaient rien demandé, rien fait... rien c'est ce que je leur reprochais alors.
Mais lui, je m'en veux de lui avoir pris sa vie, plus que je lui en veux d'avoir pris quelque part la mienne.
Je me suis rendue coupable d'une abomination: agir comme ceux que je combattais.
Je les ai pris comme ils nous prennent pour des pions, nous volent nos vies dans le travail, les factures et les antidépresseurs.
Je suis devenue eux!
Je sais que je resterai encore longtemps dans ce néant, c'est le prix à payer pour ma faute... ceci dit je ne suis pas sûre qu'un mieux est ailleurs.
Je ne me plains pas.
Je suis devenue une terroriste, pensant à tort que j'avais raison et le droit de le faire, qu'ainsi je les réveillerais.
Condamnée par moi-même, je n'existe plus, avec moi le néant, à cause de moi, ils ont gagné.

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